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Pourquoi Montréal a besoin du bilinguisme

Montréal est une ville nord-américaine unique, mais pourquoi est-elle si unique?

La plupart d’entre nous sont en accord pour dire que Montréal est une ville bilingue et multiculturelle, accueillante envers les immigrants, les hommes et les femmes d’affaires, les étudiants et les touristes. Les gens tombent en amour avec elle et ne veulent jamais la quitter.

J’ai souvent pensé à ceci en regardant le drapeau de ma ville brandir lors des défilés et des célébrations, réfléchissant en même temps sur la longue histoire de coopération entre les quatre communautés fondatrices de Montréal: les français, les anglais, les irlandais et les écossais, qui nous a mené là où nous sommes aujourd’hui. Ces premiers colons ont perçu le potentiel d’une ville construite sur cette île et l’ont orienté sur son cheminement unique dans l’histoire. Le seul symbole qui manque, à mon avis, est celui des premières nations de ces terres.

«Ceux qui oublient l’histoire sont condamnés à la répéter » – Winston Churchill.

Les traces d’habitations humaines sur l’île de Montréal datent de plus de 8000 ans. À l’arrivée de Jacques Cartier en 1535, il y avait sur l’île un village iroquois, aujourd’hui connu sous le nom de Montréal. Alors nommé Hochelaga, le village était situé au pied du Mont-Royal. En 1642, au moment où les colonialistes français Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance, crédités comme fondateurs de Montréal (alors Ville-Marie) sont arrivés, les habitants qui y vivaient auparavant n’y étaient plus.

Lorsque la Grande-Bretagne conquit la Nouvelle-France en 1760, la colonie, qui comptait déjà 70,000 personnes, fût infusée de plus d’un million d’Américains britanniques. Rapidement, le sort de la Nouvelle-France à titre de colonie britannique fût scellé par le traité de Paris, signé en 1763 par Louis XIV pour mettre fin à la guerre de Sept Ans. Puisque la Grande-Bretagne était préoccupée par une révolte potentielle dans sa nouvelle colonie, elle accepta de protéger l’immigration française, qui se poursuivit, ainsi que la religion catholique Romaine. C’est à partir de ce moment que les communautés francophones et anglophones commencèrent à construire ensemble, côte à côte, ce que nous connaissons aujourd’hui comme la Ville de Montréal.

En 1825, l’ouverture du canal Lachine permit à de grands navires de s’aventurer plus profondément à l’intérieur du Canada, ce qui contribua énormément à stimuler la croissance de la ville. Bien que l’incorporation officielle de la ville n’eût lieu qu’en 1832, Montréal était déjà la grande ville portuaire de la nouvelle colonie. C’est aussi à ce moment que le premier maire de la ville, Jacques Viger, conçut nos belles armoiries et notre devise inspirante: ’’Concordia Salus », qui signifie le Salut par l’harmonie.

Coat of Arms Montréal Armoiries

En 1838, Louis-Joseph Papineau et Wolfred Nelson menèrent la rébellion des Patriotes afin d’obtenir l’indépendance du Canada de la couronne britannique, mais leur rébellion fut écrasée par l’armée loyaliste. En 1839, le gouverneur du Canada exécuta par pendaison 19 des patriotes capturés, mais libéra les personnes reconnues coupables de crimes moindres et compensa ceux dont les biens furent détruits pendant la rébellion. C’est alors que les « Tories », s’opposant avec véhémence à toute amnistie, incendièrent le Parlement et volèrent ainsi, à notre ville, le statut de capitale. Montréal ne fût la capitale de la Province unie du Canada qu’entre 1844 et 1849.

Après que les « Tories » eurent incendié le Parlement en 1849, le gouvernement britannique décida de déplacer la capitale du Canada à Toronto. Ayant hésité un certain temps, la couronne britannique choisit finalement la petite ville tranquille d’Ottawa, située sur le bord de la rivière des Outaouais entre le Bas et le Haut Canada, pour gouverner sa nouvelle double colonie. En 1860, le prince de Galles posa la dernière pierre du pont Victoria de Montréal et le 1er juillet 1867, la province du Canada fût proclamée Confédération Canadienne.

Ceci remonte à plus de 150 ans, mais cette dualité canadienne marqua pour toujours l’âme de la ville de Montréal. Je crois que cette dualité linguistique qui en résulta permit à Montréal de se développer de manière unique et lui permit de devenir la brillante étoile du bilinguisme et du multiculturalisme qu’elle est aujourd’hui.

 

Mais, cette identité peut-elle être altérée?

Être une ville bilingue dans une province majoritairement francophone dans un pays majoritairement anglophone nous confère un avantage évident dans ce nouveau millenium, et toutes les études et indices le reflètent. Mais cette situation nous rend aussi très vulnérables, surtout si nous oublions notre histoire et ne faisons rien pour protéger et valoriser l’identité de notre ville. Tout aussi vulnérables que si nous restons à l’écart, pendant que le gouvernement provincial opprime les communautés qui forment la mosaïque de Montréal.

Puisque le gouvernement provincial décide des politiques linguistiques et identitaires des municipalités et que ce dernier ne semble pas nous représenter et semble même mépriser le bilinguisme et le multiculturalisme, il est essentiel que les Montréalais et les Montréalaises s’impliquent dans la gestion de leur bien-être et surtout, qu’ils ne prennent plus rien pour acquis.

Ne touche pas Montréal Don't touch

Tout au long de la dernière année, à cause du projet de loi 14 et du projet de loi 60, connue sous le nom de La Charte, avec son article 40 visant à sceller la discrimination linguistique dans la Charte des Droits et Libertés de la Personne, j’ai vu la panique, le désespoir et la division s’emparer de la ville que j’aime tant. Jusqu’à récemment, notre bilinguisme officieux a favorisé l’esprit de coexistence et de coopération pacifique à Montréal et ailleurs, mais tout cela est menacé par les manigances du gouvernement provincial et l’ajout de l’article 1 dans la charte de notre ville, événement datant de 2008.

L’article 1 dit: « Montréal est une ville de langue française.

Pour la première fois en près de 375 ans d’histoire, les élus ont décidé que Montréal a une préférence linguistique.

Est-ce juste?

Y a-t-il eu consultation publique ?

Les montréalais et montréalaises ne devraient-ils pas avoir le droit à l’autodétermination en tant que communauté métropolitaine représentant le quart de la population de la province du Québec?

Une nouvelle étude révélatrice sur le bilinguisme et le multiculturalisme de notre ville a été publié le mois dernier par MBA Recherche. Les résultats de l’étude indiquent que non seulement les Montréalais, mais la majorité des Québécois, quelle que soit leur langue, sont en accord pour dire que Montréal est, et doit être une ville bilingue. La plupart conviennent également que Montréal devrait être une ville multiculturelle ouverte sur le monde et accueillante envers les immigrants.

Montréal

Montréal et Québec bénéficient économiquement et culturellement du bilinguisme montréalais. Ceci est parfaitement logique, puisque Montréal est une destination touristique et estudiantine de renommée mondiale, le cœur battant des affaires au Québec, et la croisée des chemins des acheteurs, des producteurs et des détaillants. Nous accueillons près de 20 millions de visiteurs par an qui dépensent ici près de 3 milliards de dollars, 56 % d’entre eux provenant du reste du Canada. Nous produisons également 35 % du PIB de la province avec 21 % de la population (chiffres de la Ville de Montréal seulement). L’impact est amplifié, si l’on considère la grande région de Montréal, qui compte aujourd’hui 50% des Québécois. Nous sommes la métropole du Québec et il est indéniable que notre économie et notre culture dépendent de la coopération des deux communautés linguistiques.

L’étude de MBA Recherche montre en détail les attitudes des Québécois envers le bilinguisme et le multiculturalisme de la ville de Montréal, ainsi que les impacts perçus de ceux-ci sur la situation sociale et économique de la ville. Les résultats révèlent que :

  • 80,6 % des Québécois sont en accord pour dire que Montréal est une ville bilingue
  • 92,8 % sont en accord pour dire qu’elle est une ville multiculturelle
  • 92,4 % sont en accord pour dire qu’elle est une ville ouverte sur le monde
  • 88,5 % sont en accord pour dire que la ville accueille des immigrants de partout dans le monde
  • 93,5 % sont en accord pour direque la ville accueille des touristes de partout dans le monde

L’enquête a été menée en ligne auprès de 1103 participants, 72 % desquels sont nés au Québec et dont les deux parents et la totalité des grands-parents sont également nés au Québec. Les résultats sont segmentés selon le lieu de naissance, le lieu de naissance des parents ainsi que selon la langue maternelle. Quoique les francophones soient plus conservateurs dans leur évaluation de la ville, on y voit quand même un clair alignement  de vision et de l’opinion au sujet de notre ville.

Menotter Montréal à ce nouvel article 1 de la charte de la ville serait donc une injustice flagrante, et engendrerait l’accroissement des tensions et de l’intimidation linguistique – toutes des choses que nous avons si hâte de laisser derrière nous.

Pourquoi le bilinguisme de Montréal est-il important?

Je vis à Montréal depuis 16 ans, mais c’est seulement l’année passée, le 4 Septembre 2012, lorsque Pauline Marois a remporté les élections et qu’il y eût un attentat sur sa vie que j’ai réalisé à quel point la paix linguistique de notre ville est fragile. Jusqu’à ce moment, j’étais béatement ignorante de cette réalité, croyant que notre ville incarnait l’harmonie linguistique … croyez-le ou non.

Ceci fût un moment traumatisant pour moi qui me poussa à m’impliquer dans le débat linguistique, pour finalement réaliser à quel point les astuces des politiciens ainsi que la distorsion et le sensationnalisme des médias ont radicalisé les citoyens, et à quel point l’information distribuée dans les deux langues est différente. Après l’incident et quelques semaines de recherche, j’ai été choquée de découvrir qu’il y a de cela moins d’une décennie, notre ville s’est vu mystérieusement attribuer une préférence linguistique sous la forme d’un amendement à la charte de la ville, l’article 1, voté discrètement sans trace ou consultation publique.

Étant moi-même une Montréalaise totalement bilingue (en fait, trilingue) et connaissant l’histoire de mon pays d’accueil, j’étais confuse quand le Parti québécois déclara soudainement que l’anglais était « une langue étrangère » et que celle-ci n’était pas la bienvenue dans les écoles primaires, comme option de langue collégiale ou dans le milieu du travail. Cette déclaration plutôt étrange et incongrue me poussa à explorer les bases sur lesquelles ils se permettaient de parler ainsi.

Pour moi, Montréal était bilingue depuis aussi longtemps que les gens qui m’entourent se souviennent. Elle a vécu des périodes de tension et de coopération, devenant de plus en plus diversifiée et de plus en plus coopérative au fil du temps. J’étais fière d’être devenue une « vrai Montréalaise », née à l’étranger, mais submergée pleinement dans les deux langues principales de mon nouveau pays, ainsi que dans les autres cultures et langues qui m’entouraient dans mon nouveau chez moi. À mon avis, Montréal n’est pas simplement une ville où les deux langues officielles du Canada sont utilisées, mais admirablement la ville la plus bilingue du continent, avec plus de 50% de la population de l’île connaissant le français et l’anglais, une capacité dont la plupart de nos entreprises et industriesdépendent. L’architecture et l’histoire de notre ville est un témoignage indéniable de notre patrimoine diversifié et ce fût un choc profond pour moi d’entendrecertains représentants du pouvoir politique clamer que l’anglais était une langue étrangère et que Montréal était une ville de langue française seulement.

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Le fait que Montréal accepte 85 % des immigrants de toute la province du Québec n’est pas un hasard. C’est notre esprit ouvert, tolérant, diversifié, branché et notre image multilingue qui attirent les nouveaux arrivants et les rassurent sur leur choix d’un nouvel endroit où refaire leur vie dans leur nouveau pays d’accueil. La dualité linguistique et le bilinguisme du Canada, Montréal en étant un exemple brillant, attirera toujours les immigrants, tant qu’ils y voient un lieu de coexistence pacifique, et non celui de vieux conflits accablants, comme ceux de leur pays d’origine.

Avec cette nouvelle clause unilingue contenue dans notre charte ainsi que la pression pro-unilingue constante de la part du provincial et ce, même si le français est parlé par 94.4% des résidants de la belle province, il faut se préoccuper de l’avenir de Montréal. En tant que montréalaise trilingue, je ne peux accepter son image de ville unilingue française ainsi que l’attitude de ses citoyens mentionnant que Montréal devrait être une ville unilingue française et j’estime que le moment est venu d’unir nos voix et d’appuyer le bilinguisme à Montréal ainsi que d’inspirer le respect des langues et de la grande histoire qui nous a mené à cet endroit unique dans l’histoire.

Il n’est pas trop tard pour remettre notre ville sur le droit chemin et déclarer fièrement que nous désironsqu’elle soitune ville officiellement bilingue. La majorité des Montréalais et des Québécois à travers les générations savent que Montréal doit être bilingue et bénéficie économiquement et culturellement en étant bilingue. D’ailleurs, la plupart du temps nous nous entendons à merveille dans cette dualité et nous devrions plus souvent démontrer notre fierté.

Alors pourquoi se confondre en excuses ? Pourquoi permettre que notre culture et notre économie soient ligotées par les ambitions de politiciens ethnocentriques étroits d’esprit au service de l’élite radicale nationaliste?

Le salut de Montréal ne peut être atteint que dans l’harmonie : cela implique le traitement équitable de nos deux langues, de nos minorités culturelles ainsi qu’un profond respect de ceux qui ont chérie et nourrit ces terres bien avant nous.

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